Doctrine · Droit du travail
Agent de sécurité sans carte professionnelle : le licenciement tient, la faute de l’employeur se paie ailleurs
17 septembre 2026 · 3 min de lecture
Référence
Cour de cassation, chambre sociale, formation de section (FS-B), 16 septembre 2026, n° 25-12.634, publié au Bulletin.
Lire la décision sur Légifrance · Arrêt sur le site de la Cour de cassation
Nul ne peut être employé comme agent de sécurité privée sans carte professionnelle valide : le défaut de carte, ou de récépissé de renouvellement, constitue par l’effet de la loi un motif de licenciement. Le fait que l’employeur n’ait pas organisé la formation permettant ce renouvellement ne prive pas le licenciement de cause, mais ouvre droit à des dommages et intérêts pouvant couvrir la perte de l’emploi. La chambre sociale l’a jugé le 16 septembre 2026, dans un arrêt publié au Bulletin.
« L’absence de détention d’une carte professionnelle en cours de validité ou d’un récépissé de renouvellement de sa carte par l’agent de sécurité constitue, par l’effet de la loi, un motif de licenciement, peu important l’éventuel manquement de l’employeur à son obligation de formation, qui peut ouvrir droit à l’allocation de dommages et intérêts pouvant inclure la réparation de la perte de l’emploi. »
Les faits
Un agent de sécurité employé par la société Challancin prévention et sécurité, avec une reprise d’ancienneté remontant à 2014, voyait sa carte professionnelle expirer le 9 mars 2021. Le renouvellement suppose une demande déposée au moins trois mois à l’avance, accompagnée de l’attestation de suivi d’un stage de maintien et d’actualisation des compétences – le stage dit MAC, à la charge de la formation continue de l’entreprise.
L’employeur n’avait organisé aucune formation en temps utile ; le salarié n’a suivi un stage MAC qu’au début du mois de février 2021, trop tard pour obtenir le récépissé avant l’expiration. Il a été licencié le 23 avril 2021 pour motif personnel non disciplinaire. La cour d’appel de Paris a jugé le licenciement sans cause réelle et sérieuse, reprochant à l’employeur de ne pas avoir maintenu la suspension du contrat dans l’attente du récépissé.
Ce que dit la décision
La chambre sociale casse partiellement l’arrêt, sur un moyen relevé d’office. Elle combine les textes du code de la sécurité intérieure – interdiction d’employer un agent qui ne justifie pas de son aptitude, attestation de cette aptitude par la carte professionnelle, récépissé délivré par le Conseil national des activités privées de sécurité permettant la poursuite régulière de l’activité – et ceux du code du travail relatifs à l’obligation d’adaptation et aux formations conditionnant l’exercice d’une fonction.
De cette combinaison elle tire une règle simple : l’interdiction d’emploi opère par l’effet de la loi. Dès lors que le salarié ne disposait, à la date du licenciement, ni d’une carte valide ni d’un récépissé, la cour d’appel ne pouvait retenir l’absence de cause réelle et sérieuse en se fondant sur la carence de l’employeur en matière de formation.
Cette carence n’est pas pour autant sans conséquence : elle peut ouvrir droit à des dommages et intérêts dont la Cour précise expressément qu’ils peuvent inclure la réparation de la perte de l’emploi. La cassation laisse d’ailleurs subsister les condamnations prononcées au titre de l’indemnité légale de licenciement et de la formation MAC. L’affaire est renvoyée devant la cour d’appel de Paris autrement composée.
Ce que ça change en pratique
- Le terrain du litige se déplace. Contester la cause réelle et sérieuse du licenciement est voué à l’échec lorsque la carte a expiré ; la demande utile est celle de dommages et intérêts pour manquement à l’obligation de formation.
- Ce déplacement n’est pas neutre. Le régime du licenciement sans cause réelle et sérieuse offre un barème ; la responsabilité contractuelle suppose de prouver le manquement, le préjudice et le lien de causalité, mais la Cour admet expressément que la perte de l’emploi soit indemnisée à ce titre.
- La date à vérifier est celle du licenciement : c’est à ce moment que s’apprécie la détention d’une carte ou d’un récépissé. Une attestation de stage, seule, ne suffit pas.
- Pour l’employeur, le calendrier des stages MAC devient un point de conformité à suivre poste par poste : il ne fait pas obstacle au licenciement, mais il expose à une condamnation.
Qui est concerné
Les agents de sécurité privée et leurs employeurs, au premier chef. Mais le raisonnement vaut pour toutes les professions dont l’exercice est subordonné à un titre, un agrément ou une habilitation à renouveler périodiquement, lorsque la formation nécessaire incombe à l’entreprise.
Cet article est une analyse d’actualité jurisprudentielle à vocation d’information générale. Il ne constitue pas une consultation juridique et ne saurait se substituer à l’examen d’une situation particulière.
Un licenciement lié à une habilitation perdue ?
Le cabinet intervient en conseil et en contentieux devant le conseil de prud’hommes et la cour d’appel.
Mots-clés : sécurité privée · carte professionnelle · obligation de formation · licenciement · stage MAC

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